Shattered World 1-6: « The Eurasian War  » de Bobby HARDENBROOK

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J’avais déjà donné mon avis sur la première partie, voici ma critique des volumes 1-6(réunis en un seul gros ouvrage).

Je rappelle que « Shattered world » est un essai uchronique, pas un roman.

Contrairement à la plupart des récits uchroniques, dans cet essai, Bobby Hardenbrook modifie plusieurs paramètres:

Il part du principe que les relations entre l’Allemagne et l’Union soviétique se sont détériorées au point que Staline décide de lancer une attaque préventive sur la Pologne avant qu’Hitler ne se décide à attaquer ce pays.

Il décide aussi de plusieurs modifications telles que : pas de purge des officiers de l’armée rouge, accélération de la production des blindés soviétiques (ce qui leur permet d’avoir beaucoup plus de T34 disponibles dès les débuts de la guerre), l’Armée allemande jouit de beaucoup plus de libertés que dans notre ligne de temps parce qu’Hitler ne bénéficie pas de l’aura que lui aurait donné selon l’auteur la victoire de la campagne de France.

Dans cet essai, l’auteur aborde le récit uniquement du point de vue des mouvements stratégiques, il n’y a pas de partie romancée, mais seulement quelques témoignages ponctuels de situations tactiques par des personnages divers, sans doute pour donner un petit côté réaliste.

Pour un résumé plus détaillé du début, je vous renvoie à ma critique du tome I.

Après l’attaque de la Pologne par les soviétiques en 1937, les allemands, hongrois et italiens se sont rangés du côté polonais. Les combats se sont étendus à la Roumanie.

Les Français, Anglais et Américains restent neutres aidant même plutôt l’Allemagne économiquement parce qu’ils considèrent que Staline est plus dangereux qu’Hitler.

Petit à petit, l’Allemagne finit par prendre le dessus. L’Union soviétique est seule pour combattre l’Axe et, étant l’agresseur, ne jouit pas pour cette guerre de l’important soutien psychologique que constituait l’invasion de la Rodina  Lors d’une des offensives allemandes, Joukov se retrouve encerclé par les allemands avec plusieurs dizaines de milliers d’hommes et finit par se suicider. La Guerre s’étend aux Pays Baltes, à la Finlande et même à la Suède qui est envahie par les deux camps.

Alors que l’Axe repousse petit à petit les soviétiques, des parties du territoire soviétique se soulèvent et rejoignent l’Axe comme L’Ukraine, les Pays Baltes ou la Tchétchénie. Certains pays qui, dans la ligne de temps normale étaient restés neutres, rejoignent l’Axe comme l’Irak ou la Turquie (à qui l’Allemagne a promis les champs pétrolifères de Bakou).

Le Japon voyant la frontière est de l’empire soviétique fortement dégarnie attaque et s’empare d’une bonne partie de la Sibérie, postposant son attaque sur les territoires des puissances occidentales.

Les soviétiques sont acculés. Beria fomente un coup d’état et élimine Staline. Ne pouvant rien faire pour faire basculer la situation, Beria finit pas accepter de capituler en Juillet 1942 et la frontière est établie sur base des territoires conquis, la suède étant coupée en deux. L’Union soviétique est amputée de nombreux territoires: l’Ukraine, les Pays Baltes, une partie de la Sibérie et du Caucase.

Pour l’anecdote, Stalingrad est renommée: Beriagrad.

Les Pays occidentaux (France, Angleterre, Belgique, Pays-Bas) ont entre-temps créé l’Alliance pour la démocratie que la Norvège s’est empressée de rejoindre mais qui ne comprend pas les Etats-Unis où le président républicain Dewey a été élu par les partisans d’une politique isolationniste.

Alors que l’Allemagne se prépare à la prochaine guerre contre l’Alliance pour la démocratie en développant de nouveaux chars (Le char Panther amélioré dans cette timeline a été renommé Cougar et débarrassé des nombreux problèmes de maintenance que connaissait le Panther) de type Cougar II avec un canon de 105mm. Les Jets se multiplient ainsi que les fusées V2, V3 et V4 avec toujours plus de puissance et d’explosifs emportés.
Les troupes Italiennes voient leur équipement modernisé et se lancent dans la construction de nouvelles unités navales y compris un porte-avion. Les Allemands et les Anglais se lancent aussi dans la construction de nouvelles unités navales plus puissantes (Les allemands créant notamment un « super-Bismarck » nommé Fatherland et deux porte-avions).

Les hostilités reprennent en mai 1945 et la Wehrmacht se lance à l’assaut des Pays-Bas de la Belgique et de la France. La campagne est plus longue et acharnée mais les allemands finissent par vaincre les troupes alliées et à s’emparer des trois pays envahis. La France n’a pas capitulé parce que De Gaulle a fait un coup d’état. La France continue donc la Guerre depuis ses possessions d’Afrique du Nord.

Dans le désordre et par théâtre d’opération:

En Afrique du Nord, les Italiens tentent de s’emparer de la Tunisie mais même s’ils sont mieux équipés et leur moral meilleur que dans notre ligne temporelle, ils finissent par avoir besoin des Allemands qui envoient d’abord Guderian et puis Rommel en soutien de Guderian pour faire face aux français à l’Ouest et aux Anglais à l’est (Egypte). Les combats seront longtemps indécis, basculant d’un côté puis de l’autre mais les français sont battus et obligés de concéder la Tunisie et une bonne partie de l’Algérie à l’Italie; ils sont aussi forcés de se retirer de l’Alliance pour la démocratie. Les troupes anglaises après avoir été au bord de l’anéantissement sont sauvés par l’explosion d’une bombe atomique sur le nœud de ravitaillement le plus important des allemands, l’explosion liquidant la meilleure unité allemande par la même occasion. L’Egypte et la Syrie sont cependant le théâtre de nombreuses insurrections nationalistes et fondamentalistes et il n’est pas sûr que l’Angleterre pourra encore s’y maintenir longtemps.

L’Espagne ayant rejoint l’Axe, Malte et Gibraltar ont été attaqués. Malte est tombée assez rapidement mais Gibraltar ne cédera qu’après un siège de 1.614 jours et de nombreux bombardements notamment par les canons lourds sur rails.

En Norvège, là aussi les combats sont acharnés mais après plusieurs années de combats, les alliés repoussés au Nord sont obligés de ré-embarquer vers l’Angleterre.

Les Etats-Unis, attaqués par les Japonais en même temps que les Anglais, français et autres puissances occidentales ne sont entrés en Guerre que contre les Japonais. Nous suivons donc pendant plusieurs années les combats dans le Pacifique où la flotte américaine, lourdement touchée à Pearl Harbour où elle a vu trois de ses six porte-avions de Classe Essex coulés et un quatrième endommagé (sur six) doit mener de longs combats contre les Japonais. Le général Patton se distingue en Thaïlande et en Indochine où les Américains se sont alliés à Ho Chi Minh pour chasser les Japonais. Les Etats-Unis ont développé la bombe atomique avec un peu de retard sur notre ligne temporelle et l’utilisent pour faciliter leurs avancées. Après l’explosion de la deuxième bombe, une junte de militaire fanatiques s’empare de l’empereur du Japon et décide de poursuivre le combat jusqu’au bout. On voit donc les explosions nucléaires se multiplier, détruisant les points de résistance, les ports, les infrastructures militaires et les villes. De leur côté, les militaires japonais font un usage intensif d’armes chimiques et bactériologiques ce à quoi les Etats-Unis répondent avec leur propres armes chimiques et l’utilisation du Napalm. Les Japonais sont repoussés un peu partout se cramponnant aux villes portuaires chinoises et défendant leurs îles pied à pied.

Les soviétiques, profitant de ce que les Allemands étaient très occupés à l’Ouest ont lancé une grande offensive pour reprendre du terrain aux allemands. Dans un premier temps, ils parviennent à reprendre les Etats baltes et l’Ukraine mais ils finissent par être repoussé. L’armement allemand leur est très supérieur, surtout dans le domaine de l’aviation. Lorsque ce livre se termine, les soviétiques ont déjà été repoussé sur leurs frontières et leurs troupes sont totalement désorganisée, ayant perdu une majeure partie de leur armement lourd.

En Europe, l’Angleterre est régulièrement bombardée par les missiles allemands, il y a de nombreux affrontement entre l’aviation des deux camps, les jets allemands étant supérieurs aux Meteors anglais mais les anglais reçoivent une aide non-officielle des Etats-Unis qui leur permet de tenir le coup jusqu’à ce que les Etats-Unis décident d’intervenir. La bataille de l’Atlantique bascule tantôt dans un camp, tantôt dans l’autre en fonction des progrès faits par les allemands dans la guerre sous-marine ou par les alliés dans le domaine de la lutte anti sous-marine. Alors que la Bataille des Canaries est très disputée, les Etats-Unis déclarent la Guerre à l’Axe et font pencher le balance dans cette bataille. Les flottes américaines bombardent l’Espagne et les chasseurs américains embarqués sur des porte-avions finissent par emporter la bataille aérienne malgré de nombreuses pertes causées par des missiles téléguidés tirés contre les navires US. L’Espagne subit de nombreux bombardement atomiques mis Franco capitule pas. Le Portugal qui avait rejoint l’axe change de camp et permet un débarquement américain sur ses côtes. Gibraltar est reconquise par les américains après une nouvelle explosion atomique.

Les Anglais ont lâchés plusieurs bombes atomiques sur des bases de la Luftwaffe en France et les allemands ont ripostés par des tirs de missiles chargés de gaz. Le nombre de victimes est très élevé des deux côtés.

Le livre se termine alors que les alliés viennent de lancer des bombes atomiques sur plusieurs villes allemandes avec une estimation de 3 millions de morts.


Cet essai ne m’avait déjà pas convaincu dans sa première partie mais les parties 2 à 6 n’ont fait qu’aggraver ce sentiment.

Si au départ, l’aviation russe m’a paru surestimée, par la suite, elle paraît se modifier très lentement. Quid des nombreux modèles russes qui se sont montrés quand même assez efficaces dans notre ligne temporelle. De plus, l’auteur semble oublier qu’il a autorisé des progrès technologiques à une nation. Il est une seule fois question d’une escadrille de jets Komet chargés de la défense de Moscou mais on n’en entend plus parler ensuite, comme si les russes n’en avaient plus construit, il n’est question que de nombreux avions à hélice. De même, l’auteur a armé l’Union Soviétique de nombreux chars T34 au début de la guerre mais on ne voit que très peu d’améliorations des tanks soviétiques par la suite (quid des t34-85, KVI ou KVII…). Il n’est qu’une seule fois fait mention de chars JS.

Si la résistance des soviétiques au début du récit est étonnante (ils combattent quand même cinq ans tout seuls alors qu’ils doivent affronter en plus des allemands et de leurs alliés de notre ligne temporelle, les Polonais, les Ukrainiens, les Baltes, les Turcs et les Japonais), leur effondrement dans la deuxième partie apparaît tout aussi surprenante. Contrairement aux allemands, ils ne semblent avoir fait aucun progrès matériel. L’auteur nous dit qu’une ligne ferroviaire a été construite en Afghanistan qui permet aux anglais de ravitailler les soviétiques mais ce ravitaillement ne semble rien apporter.

Le côté le plus dérangeant, c’est sans doute la volonté de combat jusqu’au-boutiste de nombreux combattants à l’instar des italiens par exemple qui semblent dans ce récit beaucoup plus décidés à se battre que dans notre ligne temporelle. Et puis, si notre seconde guerre mondiale avait déjà été une effroyable boucherie, l’auteur ici n’hésite pas à faire employer des armes chimiques, bactériologiques et nucléaires par tous les camps à tel point que j’ai perdu le compte du nombre de bombes larguées par les Anglais et les Américains. La facture globales du boucher est donc ici encore beaucoup plus élevée que dans notre ligne temporelle et la guerre n’est visiblement pas finie au bout du volume VI.

Enfin, si l’auteur semble avoir une connaissance des principaux généraux des deux camps, passé quelques noms, il ne semble plus y avoir personne. Où sont passé les Koniev, Rokossovski, Vassilievski, Leclerc, Bradley… pour ne citer que quelques noms. Joukov mort, les soviétiques ne semblent plus avoir un seul général charismatique?

Shattered World Vol.1-6  de Bobby HARDENBROOK
Edition Kindle
Ma note personnelle: 12/20

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12 commentairesLaisser un commentaire

  1. […] Voir ma critique des volumes 1-6 […]

  2. Je lisais le Shattered World sur le blog où Hardenbrook a commencé son oeuvre il y a plus d’une décennie, tous ces problèmes étaient déjà présent à l’époque, et surtout je vois que ces volumes ne dépassent pas le blog de l’époque…

    • Oui apparemment, il n’a pas fait évoluer l’histoire depuis, en tout cas sur Amazon le dernier volume est le 6. Ceci dit au point où il en est arrivé, la seule voie de sortie me semble être l’anéantissement complet du régime allemand avec comme corollaire, le fameux hiver nucléaire vu le nombre de bombes lancées ce que l’auteur laisse d’ailleurs déjà transparaître à plusieurs reprises par des allusions à l’accumulation de poussières dans l’atmosphère et à une baisse de température.

  3. Ta critique est d’une érudition et d’une qualité impressionnante, bravo !

    • Merci, c’est une période que je connais un peu, pas autant que des vrais spécialistes comme Eumène ou Bertrand Campeis, mais je me débrouille.

  4. SUperbe critique . Mais au final j’ai du mal a distinguer cet essai d’un roman recherché et documenté.

    • Merci.

      En fait comme Eumène le signale plus haut, il a commencé à écrire sur un blog et je suppose donc que celà devait être quelques lignes à la fois. C’est plus visible encore quand quand on le lit avec un programme de lecture sur PC que directement sur une liseuse.

      En lisant ce récit, on comprend que l’auteur part d’une hypothèse avec plusieurs modifications dans la trame historique et qu’il essaie de deviner les conséquences de cette hypothèses, sans doute avec des retours de lecteurs de son blog.

      Le récit se fait de l’extérieur, on a presque l’impression qu’il s’agit d’un récit d’historien entrecoupé de quelques témoignages d’époque. Il n’y a quasiment aucun dialogue ce qui rend la lecture assez aride si on n’aime pas le genre récit de guerre.

      • Ok, je comprens bien mieux ta chronique . Effectivement, présenter ainsi, cela semble aride et la construction a l’air très passable.
        Merci.:-)

  5. Ta critique est remarquable et elle fait preuve d’une grande connaissance sur la période. Bravo!

  6. Bonne description mais gaffe aux orthogaffes 😉

    « Les hostilités reprennent en mai « 1945et » la Wermacht se lance à l’assaut des Pays-Bas de la Belgique et de la France. La campagne est plus longue et « acharnsée »  »

    « Dans le « désorde » et « pat » lieu de combat: » en autre… »

    Les Japonais sont repoussés un peu « partour »se cramponnant aux villes portuaires chinoises et défendant leurs îles pied à pied.

    Concernant l’arme nucléaire, les britanniques sont donc les premiers à la mettre au point ? Et l’utilisent pour un usage  »tactique » au lieu d’atomiser Berlin ?

    • Merci Frédéric, j’ai effectivement corrigé de nombreuses fautes d’orthogaffes… grâce à toi.

      Ce sont les Américains qui utilisent les bombes atomiques en premier et effectivement pour obtenir des avantages tactiques, ils fournissent ensuite tout ce qu’il faut aux anglais qui s’en servent ensuite également dans la même optique ( il y a encore trop de jets allemands au début pour pouvoir être certain que leurs bombardiers arriveront à Berlin.


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